Bilan carbone au Cameroun : par où commencer concrètement dans une entreprise ?

Entre la hausse des coûts de l’énergie et du transport, les exigences croissantes des partenaires commerciaux et l’attention portée aux informations climatiques par les banques et les investisseurs, les entreprises camerounaises sont progressivement amenées à mieux connaître leurs émissions de gaz à effet de serre.

Réaliser un bilan carbone ne consiste cependant pas seulement à produire un chiffre. La démarche doit aider l’entreprise à comprendre ses dépendances, à identifier ses principaux postes d’émissions et à déterminer les actions susceptibles de réduire simultanément ses émissions, ses coûts et ses risques.

Qu’est-ce qu’un bilan carbone ?

Un bilan des émissions de gaz à effet de serre consiste à évaluer les émissions générées directement et indirectement par les activités d’une organisation pendant une période donnée, généralement une année.

Les consommations d’électricité et de carburant, les achats, les déplacements, le transport des marchandises, les déchets et les équipements sont notamment convertis en émissions exprimées en tonnes équivalent CO₂, à l’aide de facteurs d’émission appropriés.

Cette évaluation constitue le point de départ d’une stratégie de réduction crédible. Selon l’ADEME, le bilan permet d’identifier les sources d’émissions et de construire un plan d’action adapté à l’activité de l’entreprise.

Comprendre les trois catégories d’émissions

Le GHG Protocol répartit les émissions d’une organisation en trois catégories appelées « scopes ».

Scope 1 : les émissions directes

Il s’agit des émissions provenant de sources possédées ou contrôlées par l’entreprise :

  • carburant consommé par les véhicules de l’entreprise ;
  • groupes électrogènes ;
  • chaudières et équipements thermiques ;
  • procédés industriels ;
  • fuites de gaz réfrigérants.

Scope 2 : l’énergie achetée

Cette catégorie couvre principalement les émissions associées à la production de l’électricité, de la chaleur ou du froid achetés et consommés par l’organisation.

Scope 3 : les autres émissions indirectes

Le Scope 3 recouvre les émissions générées dans la chaîne de valeur de l’entreprise :

  • achats de matières premières et de services ;
  • transport confié à des prestataires ;
  • déplacements professionnels et domicile-travail ;
  • immobilisations et équipements ;
  • déchets ;
  • utilisation et fin de vie des produits vendus ;
  • activités des fournisseurs.

Le GHG Protocol souligne qu’un inventaire couvrant les trois scopes permet de mieux comprendre l’empreinte de la chaîne de valeur et de concentrer les actions sur les principales possibilités de réduction.

Pourquoi cette démarche concerne-t-elle les entreprises camerounaises ?

Même lorsqu’elle n’est pas imposée par une obligation réglementaire nationale, la mesure des émissions peut répondre à plusieurs enjeux économiques.

Maîtriser les coûts

L’analyse met souvent en évidence des consommations énergétiques évitables, des déplacements mal optimisés, des pertes de matières ou des processus logistiques coûteux.

Répondre aux partenaires financiers

Les banques, investisseurs et institutions de financement s’intéressent davantage à l’exposition climatique des entreprises et aux mesures prises pour maîtriser leurs émissions.

Préserver les relations commerciales

Une entreprise intégrée à la chaîne d’approvisionnement d’un groupe international peut recevoir des demandes d’informations sur ses consommations d’énergie, ses émissions ou ses engagements climatiques.

Préparer les investissements

Le bilan permet de comparer les principaux leviers d’action : équipements moins énergivores, énergie renouvelable, optimisation logistique, renouvellement du parc automobile ou amélioration des procédés.

Renforcer le pilotage

Les informations produites peuvent alimenter la gestion des risques, le reporting ESG, la stratégie financière et les décisions d’investissement.

Les cinq étapes d’un premier bilan carbone

1. Définir l’objectif de la démarche

L’entreprise doit préciser ce qu’elle recherche : connaître son empreinte globale, répondre à un partenaire, préparer un financement, réduire ses coûts ou structurer une stratégie climatique. Cet objectif détermine le niveau de détail attendu.

2. Choisir un périmètre réaliste

La première évaluation peut couvrir toute l’entreprise ou commencer par un site, une activité ou une filiale prioritaire. Le périmètre doit préciser les entités et sites concernés, la période analysée, les activités incluses et les catégories d’émissions retenues.

Il est préférable de commencer avec un périmètre maîtrisable et des données fiables, puis d’élargir progressivement l’analyse.

3. Recueillir les données d’activité

La collecte peut porter sur :

  • les factures d’électricité ;
  • les achats de carburant ;
  • les kilomètres parcourus ;
  • les quantités de matières premières ;
  • les achats de biens et de services ;
  • les volumes transportés ;
  • les équipements acquis ;
  • les déchets produits ;
  • les déplacements des collaborateurs.

Les données disponibles doivent être documentées : source, période, unité, responsable et niveau de fiabilité.

4. Convertir les données en émissions

Les données d’activité sont multipliées par des facteurs d’émission permettant d’obtenir des quantités exprimées en équivalent CO₂.

Le choix des facteurs est déterminant. Il doit tenir compte, autant que possible, des caractéristiques du pays, de l’énergie consommée, des modes de transport et des réalités sectorielles.

Les hypothèses et les limites doivent être clairement indiquées afin que les résultats puissent être compris, actualisés et vérifiés.

5. Construire un plan d’action

Le résultat final ne doit pas rester un tableau de chiffres. L’entreprise doit identifier :

  • les postes les plus émetteurs ;
  • les postes sur lesquels elle dispose d’une capacité d’action ;
  • les mesures réalisables rapidement ;
  • les investissements nécessaires ;
  • les responsables de chaque action ;
  • les indicateurs et les échéances de suivi.

Commencer avec les données disponibles

L’absence de données parfaites ne doit pas empêcher l’entreprise de démarrer.

Une première évaluation peut combiner des données précises — factures, litres de carburant ou kilomètres parcourus — et certaines estimations documentées. Les données seront ensuite progressivement améliorées.

L’essentiel est de garantir la transparence de la méthode : distinguer les informations mesurées des estimations et conserver la justification des hypothèses utilisées.

Du bilan carbone à la stratégie de décarbonation

Mesurer les émissions n’est que la première étape. La démarche prend tout son sens lorsque les résultats sont intégrés à la stratégie de l’entreprise.

Les principales actions peuvent notamment concerner :

  • l’efficacité énergétique ;
  • le recours à des sources d’énergie moins carbonées ;
  • l’optimisation des transports et de la logistique ;
  • la réduction des pertes et des déchets ;
  • l’amélioration des politiques d’achat ;
  • le dialogue avec les fournisseurs ;
  • l’écoconception des produits et services ;
  • la sensibilisation des collaborateurs.

L’objectif n’est pas de supprimer immédiatement toutes les émissions, mais de construire une trajectoire réaliste, mesurable et compatible avec les priorités économiques de l’entreprise.

Une démarche de performance avant d’être un exercice de communication

Pour une entreprise camerounaise ou de la CEMAC, le bilan carbone peut devenir un véritable outil de pilotage. Il permet de mieux comprendre la dépendance aux énergies fossiles, d’anticiper certaines exigences des partenaires et de faire émerger des projets d’efficacité opérationnelle.

La question essentielle n’est donc pas seulement : « Combien l’entreprise émet-elle ? »

Elle est aussi : « Quels postes d’émissions représentent les plus grands coûts, les plus fortes dépendances et les meilleures possibilités d’action ? »

ELYOR NETZERO accompagne les entreprises et les institutions dans la réalisation de leur bilan carbone, la structuration de leurs données et la construction de plans de réduction adaptés au contexte camerounais et à la zone CEMAC.

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